Nous reposions cet été-là sur l’herbe sous les pins.
Nous respirions après un printemps noir à couper le souffle,
nous réchauffant — la vie renaissait en nous timidement
— à cheval sur la fournaise des sables et l’ombre fraîche
des pins sur le sable. Et des pluies de bêtes à bon Dieu
nous tombaient dessus. Nous portions les bêtes à même la peau
comme des perles, des grigris, le bonheur. Et des escouades
de guêpes mettaient à nos corps dénudés des boutons
de costume d’angoisse. Le premier message, la chance,
le second, le danger ; la guêpe pourtant nous faisait don
d’un état vital d’alerte qui nous poussait à une métamorphose
dont nous avons fini par oublier que nous en avions besoin.
