C’est le propre de toute forme parfaite que
l’esprit s’en dégage de façon immédiate et
directe, tandis que la forme vicieuse le retient
prisonnier, tel un mauvais miroir qui ne nous
rappelle rien d’autre que lui-même.
H. von Kleist / Cioran
Plutôt que de sortir de l’eau et me sécher,
je préfère rester encore un peu, assis, à observer
ce liquide porteur de mon image s’évacuer.
Une image qui, quand l’eau n’est plus
qu’une nappe, un vernis, commence à trembler.
Sur mes jambes, mes reins, soudain le froid
gagne. Je m’attends à ce que la bonde aspire
mon visage avec l’eau usée, cette transparence
qui m’a lavé, mais le poids de mon corps
pèse si fort sur le fond qu’il forme la vasque
d’un miroir archaïque et c’est mon reflet stagnant,
spectral qui me fait face. Il m’affronte,
comme si mon propre regard était tombé,
s’était noyé. Et mon regard, tombé, noyé,
infuse là, dans un lait — mais de qui, de quoi ?
