Galle du chêne

Hans Bellmer, L'Œuf, 1971



























Le fruit sec est gonflé, léger.
C’est un gland malade, me dis-tu,
et je ne te crois pas. J’affirme
que c’est autre chose, un autre fruit,
et cherche à le prouver quand 
tout au fond de moi quelque chose
acquiesce à ce que tu ajoutes.
Oui, je vois bien que ce sont des
feuilles de chêne. Il suffit désormais
d’une broutille pour entrer en 
désaccord, pour dessécher toute
trace d’amour, laisser s’enfler
l’orgueil, dernier point de contact.
Nous ne reconnaissons plus l’autre.
Quel est ce parasite qui est entré,
et quand ? Je tourne la ramille
aux feuilles jaunies entre mes doigts,
observant le fruit méconnaissable.
Et je reconnais mon erreur.
Quelle circonstance nous a piqués,
a pondu son œuf en nous ?
Quoi s’y abrite et s’en nourrit ?
Ce qui avait du poids, qui était
solide, est devenu léger et cassant.