Le sel de la terre

William Turner, Château de Norham, lever de soleil, vers 1845






















Juché sur le cairn culminant du Mont Esprit —
cette petite tour de Babel où pépient tous les silences,

et qui domine le traict — je pense à ce qui
le constitue : ces gravats qui ont voyagé sur la mer,

ce vieux lest de l’aller qu’abandonna chaque navire
contre le sel du retour. Je pense à ça. Et aussi

que j’ai grimpé là avec mon lest à moi.
Mais cette vue, cet air marin, c’est une pelle

que ces silences journaliers lèvent. Et mes tracas,
ils les débardent. Et chargent à la place un poème.