Nos prières orphelines

Odilon Redon, Partout des prunelles flamboient, 1888





























Il n’y a pas de hiérarchie dans la prière.
Il n’existe pas de champion de prière.
Nul titre nobiliaire décerné à quelque être priant.

Même celui qui ne sait qu’il prie a de belles prières.
Et celui qui croit prier si fort souvent
ne prie fort qu’à côté de ce qu’il croit.

Il ne s’agit parfois que d’un rien auquel
on prête un sens et que l’on érige en un centre.

Les prières ne sont pas faites pour être
entendues, mais jetées. Oui, car elles sont
adressées en toute urgence à personne.

Pli tombé dans cette seule boîte : une sans
nom, vide, sans parois. Des prières orphelines.
Toujours orphelines. S’en tenir à ce pli.

Pli concis, léger, ne portant rien de grave
sinon un résultat, une preuve de la gravité.