un banc de solitudes

1
 
SITUATION
 
chaque soir il gare
son roadster
flambant neuf en
 
regard de sa
terrasse. chaise longue
et short,
 
savoure un drink
et les regards des hommes
que lui renvoient
 
les ailes du carrosse.
sa compagne,
belle blonde ambrée
 
quoique falote
et mince,
éclairera
 
d'un sourire
tout
enfant qui passe.
 
 
2
 
IMMINENCE
 
la vieille demoiselle parcheminée, bossue,
se penche de quelques degrés de plus
pour voir le nouveau-né, dit qu’il est beau,
oh oui, qu’il est beau, qu’autrefois
ils naissaient laids, oh vous savez,
tout fripés, et l’on rit, et la jeune mère
dit qu’il faut que l’enfant rentre,
à cause du soleil, et la vieille demoiselle
répond qu’elle comprend, qu’il vaut mieux,
bien sûr, et cette tristesse dans l’air
quand elle ajoute qu’en voisine
elle aura bien l’occasion de le voir grandir.
 
 
3
 
IVROGNE AVEC CHIENS
 
la mère et le père, ils obéissent,
hein, chérie ? elle baisse la tête.
mais le petit, il faut le dresser, hein,
sans quoi… et en effet le petit
bâtard glapit, sautille en tous sens
tandis que son père, comme glacé
jusqu’à la moelle, tremble sous
le plein soleil, tandis que sa mère,
se soustrayant dans l’ombre
de ma jambe, la sert de toute la force
de ses pattes avant, prête à la broyer.
 
 
4
 
RÉNOVATION
 
une vieille dame s'introduit dans le hall,
dit au gardien je fais ma curieuse, hein,
mais avant j'ai bien connu,
c'était un cinéma,
le Celtic !
puis plus intime,
se confessant presque,
je voulais savoir si elles existent encore,
vous savez, ces jolies fresques…
 
— des murs latéraux ? oh oui, bien sûr !
mais elles sont un peu…
mais le gardien se tait.
quand elle ressort,
sa figure est encore épanouie
de les avoir vues. et elles sont
conservées sous verre ! dit-elle, rassurée.
le gardien pense à la destruction
de la salle en juin.
 
 
5
 
ALLEZ, ALLEZ
 
dans son manteau bleu et des souliers
de bonne elle se dandine, et ses jambes
sont si courtes qu’elles semblent sans genoux.
quand la petite trogne, grosse pomme à cidre
bouclée de gris souris, se dresse à hauteur
d’une haie basse, vise à l’ombre des chênes
le matelas de feuilles rousses où survit
une colonie de chats moins moustachus qu’elle,
soudain – allez, allez ! – les yeux s’allument
dans l’indolent nid où tombent ses restes.

6 commentaires:

Christine Saint-Geours a dit…

Délicieusement mordant.
Cinq chaises alignées ne font pas un banc
pourtant qu'elles soient blonde falote ou vieille dame
elles y prennent la pose....

Brigitte giraud a dit…

On les voit parfaitement bien tes personnages, on les a déjà aperçus un jour, on a même peut-être été l'un d'eux.

Stéphane Bernard a dit…

Heureux que ma petite collection de solitaires soit parvenue jusqu'à vous. Et quelle belle surprise que vos visites jumelées. Merci à vous deux.

Dominique Boudou a dit…

Je me joins à Brigitte et Christine. C'est très bien. voilà. Bonne année d'écriture et de joie.

Stéphane Bernard a dit…

Merci, Dominique. Tout le meilleur pour vous trois également. Grâce à vos mots, me voilà bien armé au moins pour quelques temps.

Alen Leoz a dit…

Bon, si Christine le dit... Allons, au lit. Promis que je vous lirai plus attentivement. Vraiment promis.