Les Rapports


13

Stéphane, 21 ans, et Mickey, 20 ans,

sont avec quelques autres dans la chambre de cette jolie fille brune

à cheveux courts qui met un disque de Nitzer Ebb.

Mickey, qui n'est absolument pas homosexuel,

mais dont les amis font courir le bruit qu'ivre il aime dans un lit

parfois fortement se serrer contre un ami, susurre

à l'oreille de Stéphane : « Si j'avais un verre de plus, je t'embrasserai. »

Stéphane, qui n'est absolument pas homosexuel

mais complètement amoureux de la jeune fille brune

depuis qu'il a vu un t-shirt de Jesus & Mary Chain

sur l'étendoir de sa salle de bain, le regarde.

Puis le défiant des yeux, il tend son verre plein à Mickey.

 

15

Un dimanche après-midi, tandis que Virginie, 24 ans,

fait aller et venir ses lèvres sur son sexe,

Stéphane, 21 ans, tire sur sa cigarette et s’exclame,

un doigt pointé sur l’écran de télévision :

« Regarde, c’est l’immeuble de mon père ! »

Virginie lève la tête, regarde l’écran, dit : « Bonjour, Papa ! »,

rit et plonge à nouveau sous les draps.

 

16

Leonard Cohen, Alan Stivell et Ali, 25 ans,

ne se séparent plus.

Quand Stéphane, 20 ans, passe la soirée chez Ali,

ils fument l’herbe qu’Ali fait pousser dans sa chambre

et écoutent en boucle, dans un silence religieux,

The Partisan et Hommes liges des talus en transe.

Ali est  aux anges.

Et Stéphane aussi, car ce sont ses disques.

Et Ali ne les lui rend plus.

Mais quelques mois plus tard,  Ali rentre du « bled »,

où il est allé pour la première fois.

Stéphane lui propose un joint. Ali le refuse.

Souriant, il dit avec un geste de dégoût presque théâtral :

« C’est pas bien la drogue, les amis. Non, pas bien. »

Et Ali lui rend les disques.

 

17

Stéphane, 23 ans, a passé la nuit

chez Marianne, 24 ans, et Stéphane, 29 ans.

Se réveillant, il ouvre les yeux,

les décrotte un peu et se lève, ouvre cette porte

qui laisse passer dessous elle un large trait de lumière.

Dans la cuisine, ses deux amis l’accueillent avec joie.

Marianne lui propose un chocolat et des tartines,

et son petit ami, basculé sur sa chaise,

fait chauffer sa cuillère sur le brûleur de la gazinière.

« Je te proposerais bien du sucre mais j’en ai plus », dit-il.

« Je n’en veux toujours pas », lui répond son cadet.

« Mais moi je ne suis pas au régime, mon chéri ! »

lance Marianne, faisant semblant d’être fâchée.

Et le jeune Stéphane rit avec eux.

Et le ciel est bleu et sur le rebord de la fenêtre

qui domine la cour constellée de fientes,

un petit oiseau se pose et chante brièvement.

 

21

Stéphane, 21 ans, est dans sa chambre, une bière à la main.

Il écoute parler sa petite amie, Ségolène, 16 ans.

Elle lui dit qu’elle ne pourra pas faire l’amour avec lui.

Pour elle, c’est important. La première fois.

Mais elle ne pourra sans doute pas.

Alors elle lui parle d’un séjour au ski

quand elle était plus jeune. 12 ans, 13 ans.

Elle est dans le chalet de son oncle,

et comme il fait très froid et qu’il n’y a qu’un seul lit,

ils dorment ensemble. Elle pleure,

adossée à la fenêtre ouverte dans la chambre de Stéphane.

Elle arrache nerveusement l’étiquette de sa bière avec ses ongles.

Elle lui dit ce que son oncle a tenté de faire.

Elle dit, des larmes de rage dévalant ses joues encore enfantines,

que s’il était là, devant elle, qu’elle le tuerait.

Le pousserait de cette fenêtre du quatrième étage

et qu’ensuite elle descendrait dans la rue pour le piétiner,

cracher sur son corps mort ou à l’agonie.

Stéphane sent son propre cœur trembler.

Il regarde sa petite amie.

Dans le silence, elle contemple le bout de  ses chaussettes,

et peut-être les rognures de papier autour.

L’étiquette de sa bière est entièrement lacérée.

Puis elle lève la tête vers lui, les yeux noyés

et lui dit autoritairement : « Mais toi aussi, tu t’en fous, hein ? »

Elle le fixe, n’attend aucune réponse.

« Non, je ne m’en fous pas » dit-il doucement,

la regardant, ne sachant quoi faire.

« Tu dis ça, mais c’est des conneries. »

« D’après toi ? Regarde-moi » lui dit-il.

Alors elle le regarde, le scrute. Le visite avec ses yeux.

Soudain elle l’embrasse,  il goûte ses larmes avec le baiser.

Puis elle prend sa main, le tire vers le lit, se déshabille.


(D'autres rapports ici.)

Aucun commentaire: