la route blanche

et puisque tu n’as de plus sensible fenêtre
sur le monde que cette véranda au verre dépoli,
et dont tu ne sais s’il retranche ton intimité ou celle des autres,
tu ouvres ta porte.
c’est une nuit noire sur un socle de neige.
il y a une heure, les radiateurs du voisin
depuis longtemps absent ont éclaté.
comme l’augure le vacarme des meubles
qui maintenant nagent, ballottent et frappent les cloisons
de l’étage supérieur déserté, ton ciel, d’un plâtre
qui depuis peu pèse et tremble, est au bord de rompre.
alors te taraude l'idée de fuir
jusqu'à la maison d'où ta mère t’a chassé.
dehors est une nuit noire, glacée.
tu te perds sur ce trajet malgré tout familier.
la route blanche aveugle. l’air noir efface.
maisons, murs, trottoirs, nulle part.
et ni lune ni étoiles pour guider. où ça ?
sur cette route blanche. entre deux portes connues.
mais c’est toi. toi. et cette neige glacée est tout ce qui éclaire.
cette seule lumière, versée au sol, terrassée.
mais c’est toi. toi qui perds pied, glisses, tombes
sur la glace sans reflet. toi qui te relèves et retombes,
et qui ris de retomber.

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