Dominique

« [...] Il jeta un œil au rétroviseur extérieur et contempla son frère. Pionçant. La peau de son visage d’ange, béant au ciel, ensoleillée sur la tablette arrière, graissait. À sa vue Frédéric se sentit soudain piqué de honte. À cause qu’il ne le défendait pas, lui son propre sang. Il le dénigrait, lui préférant l’appui chimérique d’un étranger. Le terme « trahison » lui vint à l’esprit. Et puis ces choses qu’il avait dites à leur mère, avant le grand départ : « Je te le ramène dans une semaine. T’inquiète pas, ça marchera. Tu sais, Maman, son univers ne peut pas indéfiniment se résumer à dix personnes et trois maisons. Toi, son damné père, quelques frangins, deux ou trois potes. » Anxieuse à l’idée de cette aventure, elle avait dévisagé son aîné, absenté longtemps, et que la vie lui rendait depuis peu, avec ces promesses qu’il lui avait faites, comme quoi son existence serait meilleure aujourd’hui, plus simple parce qu’il l’aiderait maintenant qu’elle se retrouvait seule avec ses frères. Elle lui avait tendu un peu d’argent, qu’il avait pris, impuissant à le refuser, et elle avait dit ces simples mots, gorgés d’une sagesse qu’il n’entrevoyait qu’alors : « Je l’ai mis au monde, et son père ne faisait que le frapper. Ne te fais pas d’illusions. N’aggrave pas son cas. » « J’ferai gaffe, t’inquiète. » Ils s’embrassèrent. « C’est bien de vouloir m’aider. Mais tu viens d’ailleurs. Tu es nouveau ici. » Ses yeux brillèrent. Elle referma la porte.


« Votre ami dort. Vous avez fait la fête, hier ? » Frédéric ouvrit les yeux. « Oh, excusez-moi, vous aussi ? » « Non, je pensais, au chemin, à la route. » André déboutonna d’une grosse main rose le col de sa chemise blanche, libérant un foulard bleu dragée. « Ça commence à taper », souffla-t-il. Et il sourit à son pare-brise.
« C’est mon frère » lança Frédéric, le son de sa voix le surprenant lui-même. [...] »

(L'intégralité de cette nouvelle dans la revue lorem_ipsum)

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