matière d'une table

dans cette partie du parc j’ai retrouvé notre table, notre « bureau » qui
domine le lac et l'île où jacassent et cancanent encore les oies, les canards.
ses planches alors vertes,  sur lesquelles je te vois aujourd’hui encore
graver nos liens… autour rien n'a changé. l'herbe chiche communie toujours
avec cette succion de sa boue les jours où le ciel crache. les arbres peut-être
maintenant bruissent-il plus haut. quoique plus loin de nous leur ombre
est la même. rien. ou alors les canards, les oies, plus gras et qui laissent
dériver en se désagrégeant le pain qu’à présent trop d’enfants leur jettent.
rien… et puis si. les planches ont noirci. on dirait la pulpe d'une pomme
pelée l’eau à la bouche, mais au bout du compte intouchée. ma paume
passe sur la vermoulure. les années absentes. elle ne relève rien. pas un mot.
ce n'est pas la matière des mots qui manque, mais la matière où était fixée
la matière de ces mots. autant dire des êtres différents que nous fûmes.

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