Contre-confession

Je ne sais pas ce que tu te représentes exactement de cette histoire que je t'ai contée mais dis-toi qu'en dehors d'un intérêt je dirais ontologique, il y a prescription pour toutes les causes du mal et pour le mal lui-même, et qu'il est là oui, mais résiduel en chacun, comme la récompense de celui qui peut y puiser pour le tourner, ou s'y éreinter jusqu'au havre maternant d'un désespoir amical. Un soleil noir mais non pas froid et ténébreux et qui n'effraie que ceux hors son cercle, un prix pour qui comprend, et je ne te donnerai rien de plus sinon cette précision à la fois déroutante et chirurgicale : que tout y aura été à la fois bien pire et bien meilleur que tu croies. Il n'y est plus question d'enfants depuis longtemps. Le temps les a mangés pour les recracher hommes. N'aie donc pas, je t'en prie, cet égoïsme de l'empathie qui parfois s'acharne à vouloir ôter ce que l'on a cru plaie encore, au lieu que déjà c'est un vêtement pour soi si parfaitement coupé, baume expiatoire, cuirasse, extension d’âme patiemment méritée. Alors ne ravive pas, par cette inquiétude outrancière - quoiqu'éperdument bonne - envers des protagonistes bien vivants d'une histoire morte, des blessures qui pour l'exemple chez moi ne produiront plus d'effets, ni en me les appliquant, ni en t'imaginant te les appliquer par procuration par ta bonté indécrottablement excédentaire et qui est chez celui qui la rejette avec raison par trop intrusive. Je ne jugerai pas ta culpabilité dans ton histoire ; laisse - et je te dis ces « duretés » parce que je t'estime - nos cœurs se démerder de battre dans la nôtre. Et moi qui ne tenais par cette confession - qui se sera au final avérée dangereusement équivoque - qu'à équilibrer la balance de notre commerce de délicats aveux... Traitons d'autres airs, arborons d'autres pavillons, n’exhibons que le relativement beau vaisseau et les largesses de ses entreponts, plutôt que la lie par laquelle il se meut.

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