réflexions avec Kleist

au lieu de sortir de l’eau et me sécher,
je reste assis à observer ce liquide porteur
de mon image s’évacuer. une image qui,
quand il n’est plus qu’une nappe, un vernis,
commence à trembler. sur mes jambes
et mes reins l’air glacé reprend son règne.
je m’attends à ce que la bonde aspire mon
visage avec la chose usée, cette transparence
qui lave, mais le poids de mon corps pèse
sur le fond, forme la vasque d’un miroir
archaïque et blanc et c’est un reflet stagnant
et spectral qui me fait face, m’affronte
comme mon propre regard tombé et noyé,
infusé dans un lait, mais de qui, de quoi ?
J’entends Kleist. c'est le propre de toute
forme parfaite que l'esprit s'en dégage de
façon immédiate et directe, tandis que la
forme vicieuse le retient prisonnier, tel un
mauvais miroir qui ne nous rappelle rien
d'autre que lui-même. je ne sais pas. il manque
quelque chose. quand je saurai quoi, je
pourrai probablement ôter tout le reste.

2 commentaires:

Murièle Modély a dit…

La vision est troublante (ou troublée).
Et bonjour en passant.

Stéphane Bernard a dit…

Eh oui, chère passante, c'est tout moi ça, avec mon « visage de quelqu'un qui nage sous l'eau » (Martial, II, 87). Je réponds à ton mail bientôt.