Notes sur la malédiction


Ce sont les signes crus – c’est-à-dire imaginés et projetés par un sentiment d’isolement et/ou de persécution – qui créent l’idée de sort, et le paraphe.


Ce n’est jamais, hélas, un malheur défini, net, dont une terminologie le précède. Il s’agit toujours d’un malheur brouillon, compliqué de points d’ombre : non-dits, dénis, mémoire absentée, désirs de confession perclus, timidités morbides, hontes. Et grandi, parce qu’abouché à d’autres sorts funestes contigus.


Quand exacerbé le système nerveux renverse la raison, toute guigne en redite, ressassée, ressentie avec outrance, est anoblie par le dit mauvais œil, puisque vue comme partie d’un tout nuisible et résolu. Alors la victime de ses propres nerfs – orientée par la hantise d'une persécution – se représente cette déveine tenace sous la conduite de ce qu’on nomme malédiction.


Cioran dit : Le meilleur moyen de consoler un malheureux est de l’assurer qu’une malédiction certaine pèse sur lui. Ce genre de flatterie l’aide à mieux supporter ses épreuves, l’idée de malédiction supposant élection, misère de choix.

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