Les Rapports (extrait 1)


1

Stéphane, 19 ans, et Wilfried, 17 ans,
sont dans la chambre de ce dernier –
au troisième étage – parce qu’elle donne
sur la cour du Palais de Justice,
où stationnent les véhicules de la prison.
Leur ami Olivier, également 17 ans,
est en ce moment même jugé
– pour la treizième fois –  pour vol de voiture.
« Je me sens libre quand je conduis la nuit. »
C’est tout ce qu’il disait quand il était au volant.
Les deux amis roulent un énorme joint
et s’installent à la fenêtre.
Narguer les autorités leur plaît bien
et ils plaisantent à propos de ça.
Mais au bout de quelques minutes
leur ami Olivier apparaît entre deux policiers,
menottes aux poignets, tout en bas,
petit dans la cour. Il lève la tête vers eux,
et les salue de ses deux mains jointes, souriant.
Stéphane lève le joint timidement dans sa direction,
répondant à son apparente décontraction.
Alors un des policiers pousse doucement leur ami
dans le dos afin qu’il grimpe dans le véhicule
qui le conduira à la prison de Rouen.
Une prison d’adultes cette fois.
La fumée a du mal à entrer dans les gorges
et ils voient le pâle sourire que leur adresse leur ami
qui s’est retourné à l’arrière de la voiture
qui maintenant démarre.
La semaine suivante, le directeur leur demande
s’ils veulent bien l’aider à nettoyer la chambre de leur ami.

2
Après une soirée alcoolisée,
tandis qu’il fait l’amour à
sa petite amie Virginie, vingt-quatre ans,
Stéphane, vingt et un ans,
arrête brusquement d’aller et venir en elle.
Un ange passe,
qu’il assomme d’un coup de poing dans l’oreiller.
Un autre passe,
il se lève, marche calmement à travers les ténèbres
en direction de la salle de bain, allume,
se regarde dans le miroir et dit :
« Pourquoi je n’y n’arrive pas ? »
Aussitôt il se griffe le visage.
Puis ses yeux tombent sur un tube de rouge
sur la tablette du lavabo. Il l’ouvre,
et comme Marietta Fortune
se peinturlure entièrement le visage avec.
Il s’assoit sur le rebord des wc un long moment.
Avec cette odeur de gras du rouge qui l'écœure.
Quand plus tard il sort et allume le plafonnier de la grande pièce,
sa petite amie se met à rire en voyant
son visage écarlate au bout de son long corps nu.
Et lui aussi se met à rire.

8
La chambre d’Olivier est froide.
Le directeur fait une allusion rapide à l’éventuelle illégalité
de certains objets présents sur la moquette
tachetée de graisse et sauces diverses et de brûlures de hash.
Willy et Stéphane enregistrent le message.
Tout doit disparaître.
Les sept ou huit batteries de voiture
qui servaient à alimenter l’autoradio
grâce auquel Olivier écoutait ses cassettes volées.
Il n’y a presque pas de vêtements.
T-shirts et caleçons sales. Chaussettes aussi.
Des bougies de moteurs
– avec lesquelles, comme il leur a appris,
il cassait « très facilement et sans trop de bruit »
les vitres des caisses – jonchent le sol.

(D'autres rapports ici)

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