l’argent

les graves n’émettent plus aucun son.
c’est ce qu’il remarque quand il se réessaye au piano.
 
et l’interminable couvre touches brodé,
avec lequel, enfant, il se faisait un obi.
 
sur le dessus du piano,
défense réduite,
des éléphants processionnaires insérés dans un bois indigène
font route vers la cloche en verre
qui abrite trois bourgeois belle époque
parodiant les singes de la sagesse.
 
les graves ne sonnent pas.
 
il déplace les animaux d’ivoire, de plâtre,
l’espèce forte et la friable.
 
à l’intérieur de la caisse, un sac de cuir blanc posé sur les marteaux de feutre.
 
quand il referme le piano,
les charnières grincent, le bois laqué claque.
 
les deux œuvres reprennent leur tour de garde,
au millimètre près sur les marques intouchées par le temps.
 
des images, maintenant que sa main droite seule pianote.
 
la vieille femme et l’homme, à l’écart, qui se parlent sans tendresse.
 
l’homme, blanc comme un linge, laissé seul et nerveux dans le couloir.
 
et quelque chose grince,
et quelque chose claque.
 
mais il fait nuit cet après-midi-là,
et les trilles aiguës suffisent à taire,
et la famille éléphantine est en chemin dans l’ivoire.

2 commentaires:

florence a dit…

Une poésie processionnaire, entre détails et impression, son et silence. J'aime cette évocation

Stéphane Bernard a dit…

Merci, Florence !