rose et piments

je suis là pour faire le point.
prendre du recul, comme on dit.
et je suis seul avec la rose d’un ami.
quand je suis arrivé ici il y a cinq jours,
saturé, raidi, perdu, mais vivant de nouveau,
le cœur battant comme à la guerre,
elle était là, épanouie, gonflée au max,
dans son rouge obscène de cérémonie,
ma grande main n’aurait suffi à la tenir.
sa tige plantée dans un vieux bocal de jus d’orange,
buvant à l’eau même où barbotent des piments.
cela la booste, m’as-tu dit, mon ami.
incrédule, j’y ai fourré mon nez.
si fière, je l’ai crue factice.
par hasard, un amour ancien a frappé. a beaucoup dit.
qu’il partait loin. elle n’a pas bougé.
les amours en cours, à vie, sont aussi passés,
s’appliquant à mon retour. la rose a tenu.
c’est ce soir, seul, après des jours de portes ouvertes
et refermées, que je remarque qu’elle aussi s’est close.
séchée. transie.
on dirait maintenant un cœur de petite bête
noirci, à l’envers, au bout d’une pique.
je m’en approche.
elle me fait penser.
c’est une betterave feuilletée.
les piments tiennent pour de bon.
ils attendent comme moi.
je me demande.
et les pétales ?
les piments, ce sont eux qui sont faux ?
je suis debout, encore.

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