l’eau des fleurs

ce poème, c’est peut-être
le visiteur d’une autre
tombe qui le lira au passage
sur la tienne,
écorné, taché,
tout le temps que la pluie, le vent, des vandales
mettront à se partager sa ruine.
ce billet calé entre le vase affreux – placé là par qui ?
qui, en dehors de moi ? –
et cette dalle tranchée
dans la moins coûteuse des pierres.
en tout cas, je ne te l’aurais pas lu
les pieds crissant sur ce même gravier qui
fait les routes en chantier. non.
par peur d’être ridicule. à moins d’être saoul.
après que quelques pétales secs
cascadèrent du bouquet
à ma tiède intention de l’arranger,
j’aurais pensé changer l’eau des fleurs,
rêvant ce seul geste en lieu et place de tous les mots.
mais ton vase est maintenant plus sec
que la pierre qui le porte.
aucun visiteur ne lira ce poème.
car c’est dans un autre objet, long et vide aussi,
que j’enfonce les tiges arides.
des roses roses et mauves
déchirent ma gorge assoiffée.

4 commentaires:

Marlene a dit…

ça faisait quelques temps que je n'étais pas venu par ici. un bonne dose de lecture à rattrapper. que du bonheur! merci

Stéphane Bernard a dit…

J'en rougirais presque. Merci Marlène !

Charles Bodet a dit…

celui ci m'a serré la gorge... je crois que c'est là un test concluant afin de savoir si le poème est bon ou non.

Anonyme a dit…

J'ai lu et j'ai aime.