les croissants

j’ai trouvé les croissants en rentrant.
ils étaient au pied de la porte,
là où tu les avais laissés pour me rejoindre,
puisqu’en fin de compte j’étais en ville.
avec toi, là-bas, à mesure que le soleil tombe,
les mots durcissent.
un “salut !” sans cœur et je rentre,
blessé pour deux jours,
le sang tapant dans ma gorge,
les yeux bien ouverts pour que les larmes tiennent.
je les ai trouvés. oui. et posés sur la table.
je ne fais rien. longtemps. une pierre.
puis la faim. une faim animale, sans appétit.
je n’ai plus pensé aux courses, les placards sont vides.
je reste là, vivant d’un œil.
je regarde tes croissants sur la table.
que dois-je faire ? les laisser se rassir me tente.
l’orgueil et l’instinct triment, leur bataille me dégoûte.
je me dis : “d’accord, allez, vas-y, mange-les !”
cette bonté du matin, j’en veux encore.
mais j’ai beau vouloir, simplement –
je ne peux me résigner à une seule bouchée.
ils sont là. sur ma table. pourtant ils sont ailleurs.
de l’autre côté d’un mur.
je sens sur ma langue leur farine amère.

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