derrière le masque un visage retourné

ai sonné. personne. je refais donc de jour le chemin de la
nuit. les quais, le dénivelé percé d'un rocher (sur lequel
je me souviens avoir pissé), la petite place à l'horloge,
regarde ! ils travaillent encore - déjà tu veux dire (les
conserveries de poisson), le banc bleu devant la criée. sur
le sol, des confettis souillés, des bouteilles de bière
brisées. le cri des mouettes, le vent de mer, le sable (ou
le sel) qui se colle aux pages de mon livre, les maillons
des chaînes qui couinent. une enfant babille en marchant
vers le bord du quai. son grand-père la rattrape d'une
main. le soleil d'hiver réchauffe les frissons que me
procure le vent glacé. j'attendrai longtemps. peut-être
jusqu'à demain. je n'ai pas encore véritablement faim.
pourtant, tandis que je déambulais dans les rues, toute
cette part de mon attention qui n'était pas retenue par
ton image l'était par la présence hypothétique de quelque
monnaie égarée entre les pavés. pour manger. pour fumer.
la vie est belle. comme ma misère, ma faim, ma solitude.
libre d'écrire. la mer, le soleil, un corps vivant. (et que
tout ceux qui ne croient pas cela suffisant crèvent !) le
sable tourbillonne autour de moi. maintenant la petite
fille est assise à l'autre bout du banc. regarde, papy ! une
petite fille en jaune, un ange dans du soleil, avide de tout
savoir ce qui se meut alentour. elle et moi. la grâce et le
répit. des mouettes tournent au-dessus de la petite et s'en
vont. papy ! papy ! dans ses yeux des étincelles. des larmes
se coincent dessous les miens. je n'attends plus rien.

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