rostre

deux sacs-poubelle,
comme deux testicules, pendent à la
grille de l'immeuble.
les plantations de la cour tombent
sur le trottoir.
sa façade est la seule de cette rue qui n'a
pas été ravalée.
le bleu police des portes et portails -
toujours le même -
continue de s'écailler.
des coulures
de rouille dégoulinent des fenêtres
jusque sur les saillies.

seuls les garde-corps ont été changés,
mesure de sécurité
afin de prévenir la chute.

à l'intérieur des appartements des inconnus me toisent.
les regards soucieux, au moment du déclic sous la pluie.
une pluie glaciale qui n'a pas lieu d'être au milieu d'août.

à cent dix kilomètres de la maison que j'habitais il y a vingt ans,
je trace ces mots. d'après la photographie.

au loin, un corbeau prend son essor discret d'un arbre mort.
un autre s'y pose.


que leur dirait ce nom ?
eux vivent là où nous nous désintégrions. une famille entière.
une part de moi-même
voulait en faire un mémorial à mes
joies d'enfant.

clic.

mais bien vite
est remontée une débordante tristesse qui me
sert la gorge.
je réajuste ma capuche et disparais.

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