grande surface inachevée

je me souviens qu'enfant,
sur la route de Saint-Nazaire à La Baule,
nous croisions toujours parmi les champs de paille de l'été
le rouge squelette rouillant
d'une grande surface inachevée,
abandonnée là,
à jamais sans chair ni lumière,
sans vie.
mon père nous disait que le commanditaire de l'œuvre
avait fait
faillite.
je m'en souviens aujourd'hui
parce qu'aujourd'hui je suis comme ce type,
apte à m'arrêter au beau milieu d'un vers qui aurait
pour chute l'espoir d'être complété à sa guise

par un autre triste voyageur,
tout comme le désir déçu de ce type
se continue à la mienne.

pour le reste du monde
nous n'aurons rien bâti,
demeurerons sans visage.
et le temps fera s'éroder le pauvre et vain effort,
la rouille se chargera d'en faire tomber les poutres
qui, une à une, redeviendront à nouveau poussière
au contact du sol,

et nous serons absorbés par la terre,
lui, elles et moi,
en une seule bouchée de la mort.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je suis la voyageuse du train express.