deux drames

"tu pleures ?" "oui, à cause de Botticelli." elle avait pris
cela pour de l'humour, ou de la pudeur, et son expression

d'intime compréhension l'en félicitait. car dans un tel

moment... il sentait bien que son indifférence à la situation

présente leur était inintelligible. il ne pleurait pas pour ce
drame,
ici, mais parce qu'il venait de lire que l'œuvre du
Florentin
était la plus triste de la peinture, et qu'ensuite, sur
l'une
des pages suivantes, observant un détail du Sacrifice
des lépreux
, tous ces clairs visages androgynes se
détachant de leurs corps
sombres, il s'était projeté à la
Sixtine, débordé par des
œuvres majestueuses, la foule
vulgaire... et ses larmes.
et ne sachant comment les
dissimuler, les avait laissées
rouler, là-bas, sur place.
mais voilà qu'elles coulaient ici
sur ses joues. et il s'en
voulait maintenant d'être plus sensible
à l'art qu'à la vie. et
une poignée de secondes plus tard, il s'en
voulait de n'avoir
pas compris l'art. se maudissait d'être vu
comme un être
d'une grande bonté quand il se sentait l'être au
moins tout
autant qu'une pierre. maudissait la vie d'avoir fait
masquer
les hommes, et libres d'être ce qu'ils voulaient derrière.

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